« L’amour, cette noble folie, dont la puissance peut tuer l’âme de ses remèdes emmiellés ! »

17 Avr

Je voudrais allier mon amour pour la littérature classique, la langue française et mon année en Irlande. C’est donc sans surprise que je vous parle aujourd’hui d’Oscar Wilde et qui plus est d’une pièce qu’il a écrit en français avant d’en faire la traduction en anglais.

Faire la présentation de ce monsieur serait peut-être un outrage dans le sens où il évoque forcément quelque chose à tout le monde mais je ne peux m’empêcher de revenir sur deux ou trois points par plaisir (et au cas où).

Tout d’abord son nom complet (parce que les noms irlandais ça en jette un max même si on ne sait jamais comment ça se prononce) : Oscar Fingal O’Flahertie Wills Wilde. Il est né à Dublin en 1854 et est mort à Paris en 1900. Vous comprendrez qu’il n’a pas fait de vieux os. Dommage, on n’aurait pas rechigné sur un peu plus de Wilde, qu’en dites-vous ?

Dans tous les cas, à Dublin on aime Wilde et on le cuisine à toutes les sauces. Son prestigieux parcours scolaire est souligné à Trinity College, sa statue est présente à Merrion Square. Celle-ci fait face à la porte d’entrée de sa maison natale. Et si vous lisez les panneaux dans la ville un grand nombre sont là pour rendre hommage à cet illustre irlandais.

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Statue d’Oscar Wilde à Merrion Square

Ce dandy reconnu est l’auteur d’une tragédie en un seul acte qui reprend le mythe de Salomé. Elle parait au cours de l’année 1891, année où Oscar Wilde fait son premier séjour à Paris. C’est ici même qu’Oscar Wilde vient de croiser un mouvement qui marquera son style profondément : le décadentisme. Ce mouvement est d’ailleurs très friand du mythe de Salomé qui sera repris maintes fois. Mais pourquoi donc ? A cause de l’histoire que ce mythe raconte et par la figure de la femme fatale.

  • Piqûre de rappel qui servira de résumé de la pièce également :

 Salomé est un personnage biblique faisant partie des évangiles selon Matthieu et Marc. Ce serait la reproduction d’un récit populaire profane et scandaleux n’ayant très probablement jamais eu lieu. Salomé, la fille d’Hérodiade, se voit dans l’obligation de danser pour son beau-père. Ce dernier lui promet de lui accorder une faveur en échange. Salomé demande alors à Hérode Antipas la tête de Jean-Baptiste sur un plateau. Celui-ci ne pouvant bafouer sa parole royale se voit donc dans l’obligation de lui accorder sous le regard ravis de sa femme Hérodiade.

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Salomé de Moreau

 Le personnage de Salomé inspire énormément les artistes du XIXe siècle. L’image du décadentisme réside dans ce personnage. Elle est belle, fait envie mais en même temps cette beauté se révèle cruelle et même mortelle. On voit ici la Femme comme un objet de perversion. En effet la danse de sept voiles effectuée par Salomé nous dévoile sa grâce qui prendra fin avec sa requête. Ce n’est plus la jeune fille fragile du début, nous avons à faire à une femme « bestiale ». Elle n’a qu’une idée en tête : assouvir son envie. Cela la rend même indifférente à la barbarie qu’elle engendre. Demander la mort est une chose mais demander la décapitation (décollation) pour admirer un visage est un symbole fort qui dévoile tout le sadisme de cette femme. Cependant  Salomé n’est pas la seule femme à être montrée comme perverse, sa mère Hérodiade l’est également. Pour cause, celle-ci se remplit de joie lorsque sa fille demande la tête d’Iokanaan (Jean-Baptise). Qu’est-ce qui semble le plus cruel, formuler une volonté ou prendre du plaisir à entendre une personne monstrueuse et sadique ?

L’histoire décrite dans cette pièce, c’est aussi la fin d’une ère, rien ne peut durer éternellement tel quel, il faut que cela cesse mais on ne sait pas comment. Même si Salomé fait un choix fou, elle est l’unique personne qui tente de mettre un terme à cette situation. C’est aussi ça l’esprit décadent, l’idée que l’homme est à la frontière entre deux périodes : celle d’une époque radieuse révolue et celle d’un futur incertain. Le présent est à la nostalgie et à l’angoisse.

Enfin un petit mot sur le choix de la langue par Wilde. Il aurait écrit cette pièce en français pour tenter d’écrire dans une langue qui n’est pas la sienne, juste pour s’essayer. A cette époque (et encore maintenant mais ce n’est plus pareil), le français était une langue très prisée en littérature. Il est très probable qu’Oscar Wilde ait fait cela par mode. Ce qui est sûr c’est que la traduction anglaise proposée par son amant de l’époque ne l’avait pas séduit et qu’il a finalement écrit par lui-même la version anglaise également.

Si vous voulez lire le texte la Bibliothèque Nationale l’a numérisé afin d’en rendre son contenu gratuit ! images (6)

P.S : Si vous aimez le décadentisme ou si vous cherchez un livre emblématique de la période je vous conseille A Rebours de Huysmans. Attention ce livre peut paraître indigeste pour un néophyte ou pour quelqu’un qui ne se serait pas renseigné avant. En tout cas une fois avalé, on se rend compte de la richesse du contenu ! J’ai beau avoir râlé en le lisant, avoir ramé des chapitres durant, aujourd’hui je suis fière de pouvoir en parler et d’avoir cette référence.

« LE CAPPADOCIEN:
– Cependant, c’est terrible d’étrangler un roi.
PREMIER SOLDAT:
– Pourquoi ? Les rois n’ont qu’un cou, comme les autres hommes. »

 

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